EDIT du soir : en fin de message ! 

Hier soir Grand m'annonce que sa soeur vient de l'appeler pour lui dire que leur père est hospitalisé pour une péritonite. Il ne voulait pas les prévenir mais c'est la belle-soeur qui a prévenu Grande. Grande a expliqué à son frère que ça serait bien si "on" pouvait aller le voir à l'hopital car il n'a pas le moral. "on", c'est Grand et moi puisque Grande est actuellement en Corse avec son copain et ses parents. 

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Le soir j'appelle Grande qui m'explique qu'il y a eu une erreur de diagnostic, le médecin croyait qu'il faisait une réaction aux antibiotiques qu'il prenait suite à une morsure de chat. Elle m'explique aussi que mamie ne va pas bien qu'elle a fait plusieurs chutes et qu'elle a été hospitalisée, apparemment cela fait trois hôpitaux qu'elle fait. Elle me dit aussi que si la belle-soeur était au courant de tout ça c'est parce qu'ils étaient en train de vider la maison de la grand-mère puisqu'elle ne va plus pouvoir y vivre seule après toutes ses chutes. Si la belle-soeur a appelé c'est qu'elle s'inquiète des suites de l'hospitalisation de leur père puisqu'il n'a jamais voulu se soigner et que là pourtant il aura des injections à faire après sa sortie, qu'il a déjà dit que cela ne va pas être possible de faire venir une infirmière chez lui à cause du bazar. La belle-soeur s'inquiète parce qu'elle trouve qu'il n'a pas le moral, il a même pleuré devant elle...La belle-soeur et le frère  auraient tout jeté, y compris les photos de famille, leur père aurait voulu récupérer plus de choses mais ils vont trop vite...

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Voilà, on en est là et cet après-midi j'emmène Grand voir son père... Que va t'il se passer ? je me pose plein, trop de questions... Alors je vais les poser ici ! 

Est-ce que je dois aller le voir ? 

Est-ce que je dois l'aider ?

Est-ce que j'ai le droit de ne pas vouloir compatir ?

Est-ce que j'ai le droit d'être en colère qu'on n'ait pas prévenu mes enfants pour leur grand-mère ? 

Est-ce qu'une fois de plus il ne se victimise pas ?

Serait-ce du chantage affectif ? 

Comment mes enfants vont prendre la chose ?

Est-ce que j'ai le droit de dire que tout ça le regarde et pas moi ? 

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Si je l'ai quitté c'est justement à cause de tout ça ! La peur permanente qu'il arrive quelque chose et qu'on doive faire rentrer quelqu'un à la maison, médecin, infirmière ou réparateur...  

Si je l'ai quitté c'est parce que je ne supportais plus cette accumulation de choses matérielles. Je vois donc que rien n'a changé et que c'est peut-être même encore pire qu'avant, je vois qu'une fois de plus il fait passer les objets avant tout le reste. 

Si je l'ai quitté c'est parce qu'il ne se passait plus rien entre nous, sauf qu'on ne vivait que des moments négatifs, on se reprochait tant de choses, on attendait tant de choses de l'autre qu'on n'a jamais eues...

Je l'ai quitté et j'ai commencé à me sentir sereine, au fil du temps on a pu sonner chez moi sans que mon coeur fasse un bond et que l'angoissse monte, j'ai fait venir des gens à la maison, amis, famille, collègues, inconnus, c'est devenu, redevenu facile.

 Je me suis débrouillée comme j'ai pu pour faire tourner la baraque comme on dit, assurer pour les enfants, leurs études, faire en sorte qu'ils ne manquent de rien, bien qu'il leur manquera toujours un père...

Au début j'ai même organisé des rencontres entre leur père et eux et puis j'ai abandonné estimant que ce n'était pas mon rôle, que si leur père voulait les voir, il n'avait qu'à organiser ça tout seul, il ne l'a pas fait.

Là, il se place une fois de plus en victime, on l'a délaissé, il est tout seul, on ne prend pas de ses nouvelles, il raconte à qui veut l'entendre que la séparation a été soudaine, du jour au lendemain, que je ne l'ai pas prévenu, qu'il n'a pas eu le temps de se retourner, qu'il n'a pas eu le choix ! 

Le choix je lui avais laissé il y a presque 15 ans quand je lui avais dit que s'il ne faisait rien pour ranger la maison je partirai. Comme je culpabilisais beaucoup je lui ai laissé beaucoup de temps, beaucoup trop, il a certainement cru que je ne m'en irai jamais. Quand j'ai signé le compromis pour la maison, je lui ai annoncé le lendemain, c'était au mois de mars 2015, j'ai eu les clefs de la maison au mois de juin 2015 mais je ne suis pas allée y vivre avec mes enfants, on a passé toutes les vacances juillet et août à le déménager, il a fait en sorte que ça se termine vraiment fin août en y mettant une mauvaise volonté évidente, je n'ai donc pas pu souffler un peu cette année là, pas de vacances, il n'était pas à la porte puisqu'il avait gardé depuis toujours son appartement qu'il n'avait pas su vider. 

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Alors, voilà, est-ce que j'ai le droit de ne pas me sentir coupable sur ce coup là, est-ce que j'ai le droit de dire qu'il l'a bien cherchée cette situation ? Est-ce que j'ai le droit d'être énervée, rageuse ?  

Est-ce que j'ai le droit de dire que je vis cent fois mieux sans lui ? Que je n'arrive même plus à avoir pitié de lui ? J'ai l'impression d'être devenue insensible... je voudrais juste ne pas être obligée d'aller le voir cet après-midi... 

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Je suis allée marcher ce matin, j'en avais besoin, l'orage grondait au loin, je suis rentrée sous la pluie, ça m'a fait du bien de sentir les gouttes sur mes bras, sur mon visage, mais ça n'a pas suffit...

 

Voilà, l'entrevue est passée, je bouillais sur mon siège; 

Le croirez-vous ? 

Un père qui n'a pas vu son fils depuis deux ans ! Croyez-vous qu'il aurait posé tout de suite des questions sur son parcours, ses études, etc ? Mais non, pendant deux heures il a raconté son aventure avec les médecins avec moult détails, puis nous a décrit ses boulots et leur ambiance, nous a parlé de ce qu'il avait acheté en brocante, des gens qui l'aidaient bien, du mariage prout prout auquel il a été invité par son employeur pharmacien et puis enfin il a daigné demander à Grand ce qu'il faisait ? comment était son logement étudiant, etc... je me suis permise de lui donner des nouvelles de sa fille ( il n'a pas une haute estime d'elle ! C'est moins le moins que l'on puise dire; il pense qu'elle ne veut pas travailler, qu'elle s'en fiche, il n'a même pas demandé ce qu'elle faisait actuellement ... C'est moi qui lui ai parlé de ses projets d'étude. ) par contre il a refélicité plusieurs fois grand pour son bac avec mention et il est content de voir que la séparation n'a pas trop perturbé son fils, qu'il est toujours sérieux ! ( ben oui, mais ça il ne me semble pas que ce soit grâce à lui, non ? ) 

Et puis à la fin, quelques larmes, vous me manquez, je suis resté sur l'impression que j'avais tous les torts et j'ai trouvé que la coupure avait été nette et rapide. Alors j'ai remis les choses en place, je lui ai dit qu'on n'en été plus à savoir qui avait tort, que j'étais partie parce que je ne supportais plus cette vie, cette situation; Que je l'avais prévenu bien longtemps à l'avance, 6 mois ! que ça avait été dur pour moi aussi de tout gérer, le déménagement, la remise en état de la maison, la rentrée des enfants et la mienne. Que j'avais essayé au début d'organiser des rencontres mais qu'ensuite je pensais qu'il prendrait le relais, que ce n'était pas à moi de faire ça. 

Donc, nous lui manquons ! 

Et bien moi, je dois avouer qu'il ne me manque pas du tout et ce n'est pas cette entrevue du jour qui va me faire changer d'avis !